Le salon de la pollution

 

Ces jours-ci, se tient à Genève, le salon de l’automobile, autrement dit, le salon de la pollution, du gaspillage et j’ajoute, de la bêtise. La télévision Suisse Romande n’a pas manqué de faire des reportages qui valent leur pesant de cacahuètes. On a pu voir des visiteurs en extase, devant des modèles de super-luxe et de « grand sport ». Les intentions des journalistes n’étaient peut-être pas dénuées de malice, vu le côté quasi caricatural  des interviews. En tout cas, ce fut une belle démonstration de l’infantilisme de la part  des adorateurs de ces tas de ferraille pour leur forme « artistique », leur puissance et leur prix. En outre, il m’a semblé que le choix des personnes filmées et interrogées confirmait ce côté malicieux et légèrement machiste, puisque la plupart de ces  personnes au bord de la pamoison, étaient des femmes…

 

Je ne sais pas si beaucoup de gens sont au courant que les autorités Européennes veulent limiter de plus en plus les rejets de CO2 des véhicules motorisés. Mais les constructeurs de grosses berlines veulent que leurs gouffres  à carburant, ne soient pas compris dans cette nouvelle réglementation. Il a été également question de la voiture électrique dont on ne peut plus cacher le caractère très polluant en amont. Mensonge, lobbying : n’y a-t-il pas là, la preuve que ces gens-là se moquent de la pollution atmosphérique et donc des êtres humains, uniquement pour faire du fric ? C’est également la preuve que l’argent peut abolir toute notion d’humanité.

 

Le nombre de véhicules à quatre roues, (voitures légères et camions confondus), avoisinerait le milliard dans le monde. A partir de ce chiffre, il est facile d’imaginer les milliards de tonnes de CO2 qui sont rejetées dans l’atmosphère. Il faut y ajouter tous les rejets hautement nocifs dont le taux ne cesse de monter dans l’atmosphère et qui sont la cause d’un grand nombre de cancers, d’autant plus que dans beaucoup de pays, on peut circuler avec des véhicules quasiment à l’agonie, dont le pot d’échappement émet un gros panache de fumée noire. Le même phénomène se produit avec les deux roues surtout les deux temps. On est en train d’empoisonner l’atmosphère. Moi-même, vu l’atomisation de notre cadre de vie, je suis bien obligé de prendre ma voiture, de temps en temps. Le fait que sa consommation soit modeste, ne change rien à l’affaire. Chaque jour, en France, il y a 1.000 nouveaux cas de cancers et ce n’est qu’un début. Tous ne sont pas à mettre sur le compte de rejets nocifs des véhicules motorisés.

 

Le tabac est une autre cause de nombreux cancers. C’est d’autant plus malheureux, que ce sont les fumeurs eux-mêmes qui mettent leur vie en danger, en prenant leurs bronches et leurs poumons, pour des poubelles à particules fines ou moins fines. D’autre part, Ils sont des milliards à fumer dans le monde. Les produits nocifs qu’ils rejettent, doivent constituer une sacrée quantité et concourent de ce fait, à la pollution atmosphérique généralisée. La recherche du gain maximum n’est donc pas la seule cause de la perte de notion d’humanité, hélas ! Le désir de se tuer à petit feu écrase le désir de vie chez beaucoup d’êtres humains.

 

Enfin, il faut parler de Fukushima. Les réacteurs qui sont toujours en fusion, rejettent constamment du Césium radioactif dans l’air. Mais ce produit n’atteint pas que les gens qui vivent au-delà des zones interdites. Il doit même voyager très loin du Japon et il n’est pas impossible que nous en respirions de temps en temps.  Mettre une centrale  au bord de l’océan dans l’une des régions les plus sismiques du monde et donc propices au tsunami est également révélateur d’une absence totale d’humanité. On a critiqué les Russes pour avoir balancé des milliers de tonnes de béton sur Tchernobyl. En fait, ils ont quand même réussi à stopper les rejets grosso modo. Au Japon, les Autorités ont choisi une autre méthode dont on n’arrive pas très bien à comprendre l’intérêt.

 

Dix ans avant sa mort, Haroun Tazieff est venu à Annecy, faire une conférence, à laquelle j’ai assisté. Je peux vous dire qu’il avait le nucléaire civil en horreur. Tout simplement, parce qu’une catastrophe nucléaire stérilise un vaste territoire pour des siècles, voire des millénaires. S’il n’y avait eu que le tsunami à Fukushima, la vie aurait déjà repris ses droits. Aujourd’hui, c’est un territoire grand comme le Luxembourg qui est condamné pour des siècles, sans parler des zones périphériques. Il est arrivé à Haroun Tazieff  de prendre des positions contestables, sur certains problèmes. Dans le cas du nucléaire, les catastrophes qui sont survenues depuis sa mort, lui donnent pleinement raison. Certains ne manqueront pas d’objecter qu’on a un tel besoin d’électricité qu’on est bien obligé d’avoir recours au nucléaire. C’est prendre le problème par le mauvais bout. La vérité est que la population mondiale est bien trop nombreuse pour les possibilités de la planète, en ce qui concerne l’énergie, mais aussi  l’eau potable, la nourriture et j’en passe. Malheureusement, peu de personnes osent regarder cette réalité en face. En France, on nous bassine avec la transition énergétique. Celle-ci est rigoureusement impossible, puisque la population augmente de 200.000 individus environ, par an, du fait de l’immigration et des naissances. Il paraît que l’Industrie manque de bras… Quoi qu’il en soit, les sols, les cours d’eau, toutes les étendues d’eau salée ou douce et l’atmosphère de la Planète se chargent toujours plus de produits hautement nocifs qui conduisent l’espèce humaine vers son extinction.

         

Avant la catastrophe de Fukushima, Yves Paccalet a écrit un ouvrage intitulé « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! ». Ce cri de détresse fait mal à entendre. Mais plus le temps passe et plus cette prédiction prend du poids. Et que font les « Elites » de la Planète ? Rien ou plutôt si, ils continuent à prôner ce type de croissance qui nous a amenés au bord du gouffre, où l’on se trouve aujourd’hui.  

 

 

Michel EVRARD. Militant écologiste à Génération Ecologie.

      

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :