La « non – métropole » Provence-Marseille-Aix : deux millions d’otages au quotidien !

Publié le par Génération Ecologie 13

 

Le débat récemment renouvelé sur la constitution d’une véritable métropole dans la région marseillaise, fait grand bruit. On ne peut pourtant pas reprocher au Premier Ministre de s’intéresser au cas d’une zone géographique de près de 2 millions d’habitants aujourd’hui gangrénée au quotidien par des problèmes de transport, d’emploi, et d’insécurité.

Le département des Bouches du Rhône est privé historiquement de métropole, c’est-à-dire d’une ville centre qui rayonne incontestablement sur tout un territoire ; autour de Marseille et de sa communauté urbaine, d’autres agglomérations, nombreuses, avec des villes importantes comme Aix, Aubagne, Salon, Istres …

et qui n’ont pas envie de se laisser dicter leur loi par Marseille, dont ils considèrent que c’est une ville pauvre, un gouffre financier…

et qui le font savoir à grand bruit, flattant ainsi la partie de leur électorat la plus conservatrice en matière d’identité territoriale.

Aussi les blocages sont là : des habitants dont on exacerbe la peur de Marseille, des élus très remontés qui ne veulent aucune coopération nouvelle. Point mort !

 

Pourtant, il faudra bien qu’il se passe quelque chose : la situation est intenable, dangereuse, et compromet lourdement le présent comme l’avenir.

 

Comment en sortir « par le haut » avec un vrai diagnostique de territoire ?

 

D’abord, les ménages de Marseille ne sont pas riches, c’est vrai, mais cela vaut pour tout le reste du territoire de Provence ! Cette ville a affronté un effondrement économique et démographique sans comparaison sur 30 ans qu’elle essaye d’endiguer aujourd’hui, difficilement. L’activité économique s’est ainsi redistribuée sur de grandes zones d’activités dans tout le territoire de la métropole, hors Marseille. Ce sont donc les bases de la fiscalité économiques de Marseille qui sont faibles et celles de ses voisins qui sont fortes. Mais Aix, par exemple, qui rayonne juste à côté, n’est pas dans une situation sociale excellente : 50% de la ville est classée en DSU, développement social urbain, autrement dit, en faible niveau de revenu par rapport à la moyenne française. Qui le sait ?

 

L’histoire de toutes nos communes métropolitaines est ainsi liée de facto par une forte densité urbaine qui fait de ce territoire une conurbation, mais pas une métropole fonctionnelle. Autrement dit, on est collé « les uns sur les autres », mais sans projet de vie commune ; cette situation est un héritage finalement simple à comprendre : Marseille, prématurément coupée de tout territoire de coopération par la volonté de Gaston Deferre n’a jamais, et volontairement, mis en place un système de transport rayonnant sur l’ensemble de l’aire métropolitaine ; les communes voisines ont donc développé chacune, parfois entre elles, leur propres réseaux, leurs propres politiques publiques ; mais elles ne coïncident évidemment pas. Le tout est fort couteux et de facto, relativement mal adapté à des besoins de vie quotidienne qui eux s’étalent sur tout le territoire ! Idem pour la question du traitement de déchets par exemple. S’ensuit donc un territoire dans sa globalité fiscalement cher, mais peu efficace sur le plan des politiques publiques.

Or notre vie quotidienne est « métropolitaine » : de par le travail et l’habitat, tous deux dispersés sur ce grand territoire ; de par la dispersion des pôles de santé ; de par la diversité de la vie sociale et culturelle …. Bref, nous sommes 2 millions à vivre « métropolitainement » au quotidien, dans des conditions de dégradations graves sur le plan de la pollution de l’air, et sous la sanction d’un coût de transport qui s’accroit dans ce qui est désormais la métropolitaine la plus « bouchonneuse » d’Europe avec Varsovie ; et la seule agglomération française qui continue à accroitre l’usage du véhicule individuelle contre les transports en commun !

Il se perd ainsi de l’emploi, du temps, des opportunités de coopération, de l’attractivité, du rayonnement. Longtemps attractif, ce territoire de Provence va maintenant cesser de l’être, y compris pour ses propres habitants, les plus jeunes ou les plus dynamiques, qui ne veulent plus forcément rester dans une zone de non emploi permanent. Il va continuer cependant à le rester un temps pour les retraités et les étrangers riches, préparant ainsi un « syndrome Côte d’Azur » d’appauvrissement rapide de la diversité sociale. L’augmentation démesurée des prix des logements (bien au-delà des normes salariales de la zone) y est aussi pour beaucoup, ainsi que la saturation des espaces économiques. L’absence de politiques publiques en matière de constitution de réserves foncières étant surement la première cause de tout ce qui précède.

Autrement dit, et force est de le reconnaitre, on ne sait plus que faire pour garantir à nos concitoyens un modèle de vie cohérent et harmonieux, un projet de long terme. L’indifférence historique et voulue des territoires politiques entre eux vient ainsi brutalement d’afficher son impuissance à désormais incarner une quelconque prospective… L’échec du projet Marseille Provence 2013 capitale de la culture, en termes de partage politique, le montre à loisirs.

 

Quelle méthode ?

Contrairement à ce que beaucoup disent, il est bon que l’Etat s’en mêle, car il peut donner des moyens et une action règlementaire globale capable, avec une directive territoriale d’aménagement (DTA), de lancer un processus volontariste ; il doit y associer les collectivités locales nombreuses sur ce territoire en leur proposant un vrai défi de génération, et surtout servir tout le monde et pas seulement le renforcement de Marseille ; il faut également associer les citoyens, associations et conseil de développement par un vrai modèle de concertation à inventer.

 

Pour faire quoi ?

L’échelle de la métropole est trop étendue ; partir de Salon pour arriver aux portes de Toulon, et de Fos pour aller à Cadarache est bien le moyen de ne jamais réussir.

Il faut travailler sur un petit périmètre qui concentre la plupart des problèmes : le « cœur de métropole » ; un quadrilatère recoupant Marseille, Aix, Aubagne et Vitrolles-Marignane-Fos. Ce périmètre majeur doit être unifié dans sa démarche de gestion urbaine par un projet de revitalisation puissant et une volonté de baisser l’impact de l’automobile de 50% en 10 ans, contexte des normes internationales, de relancer la dynamique de logement par densification (loi SRU). Pour ce faire, il faut mobiliser les réserves foncières qui y sont par préemption et fluidifier la circulation entre les structures de déplacement, notamment les gares TGV et l’aéroport ; mais surtout avoir le courage de mobiliser le « grand emprunt » sur le plus cruel des besoins : un réseau de transport rapide inter-cités, que l’on peut évaluer à 20 milliards d’euros, et qui ne peut être qu’aérien, autrement dit sur pilotis. Ce réseau aura pour vocation de connecter les bassins de vie et d’emploi ; il ne sera pas un réseau en étoile, de type « région parisienne », mais multipolaire, basé sur les « dorsales » actuelles : La Ciotat/Vallée de l’Huveaune/Marseille ; Vitrolles-Marignane/Aéroport/Marseille ; Aéroport/Gare de l’Arbois/Aix ; Aix/Aubagne ; soit 4 grandes rames connectant habitats et pôles d’activités et de déplacement ; c’est le premier pas du désenclavement humain qui balkanise le territoire de l’intérieur.

Le second, sera le projet de vie et de rayonnement : l’Europe, la Provence, la Méditerranée, le grand sud français. Autrement dit, relancer l’attractivité internationale du territoire pour garantir l’emploi de demain et plus encore les coopérations à l’échelle d’un bassin de 2 millions d’habitants. Il faudra déterminer un « cœur de métropole » qui sera un lieu de projet associant exemplarité environnementale (pourquoi pas un puits géant à CO2 ?), concentration emploi-habitat, sièges administratifs et économiques puissants. Il faut un périmètre d’action et un espace approprié. Ce territoire qui sera purement métropolitain sera sur une ou plusieurs communes, mais devra être géré par l’établissement publique métropolitain dans sa construction ; chaque territoire continuera donc son destin dans une mise en musique collective sur les grands dossiers ; le projet « Plaine de France », en région parisienne, est de la même teneur, mais lui il avance !

 

L’Etat nous le doit, et nous nous le devons. L’histoire doit redémarrer ici. Je ne vois pas au nom de quel archaïsme politique nous devons continuer à être plus longtemps les victimes d’une histoire révolue et d’un passéisme institutionnel cruel. Nos atouts sont forts mais faiblement complémentaires : Europôle de l’Arbois, projet d’aménagement euro-méditerranéen, pôles universitaires, ITER …. Tout cela est désarticulé, forme un patchwork dont les pièces ne sont pas reliées ! Il faudra un effort de respect et de clarification des apports, une vision commune. Le développement métropolitain nécessite de sortir de la concurrence ruineuse des communes d’un même bassin, d’une ignorance voir d’un mépris historique pour bâtir un territoire efficace et plus humain. Mais se contenter de dire « qu’il faut dépasser nos égoïsmes » ne servira à rien, ce sera un discours incantatoire ; il faut plutôt parler des 100 000 emplois perdus, stockés dans la non-métropole, des millions d’heures perdues en embouteillages à reconquérir en temps utile ! Voilà notre projet de croissance !

Enfin, il faut que nos centres villes revivent tous et fortement : mangés par la voiture et les bus, ils ne laissent qu’une place en réduction au piéton, au patrimoine et au commerce ; si demain notre territoire rayonne à nouveau, c’est que nous aurons donné à tous les centres villes de la métropole l’indispensable rôle du lien social ; si demain nous voulons chasser les délinquances, c’est que nous aurons un projet urbain clair en faveur des quartiers qui concentrent des poches avec plus de 50% de chômage !

 

Le coût de la non-métropole est immense ; il use nos vies et nos efforts, il détruit notre Provence et nous empêche d’être modernes comme les autres agglomérations voisines (Montpellier, Lyon, Toulouse, …).

 

Qui va payer ?

Il faut d’ores et déjà écarter une fiscalité additionnelle dans une métropole déjà sous pression fiscale. Le mieux sera de définir un écrêtement des ressources fiscales pour le projet commun avec comme équation : 1 euro local pour 3 euros de l’Etat, celui-ci mobilisant des ressources à long terme. L’échelle financière est à la hauteur du défi et des retards : 50 milliards en 10 ans, sûrement. Mais la France a-t-elle plus longtemps intérêt à se priver d’une grande métropole au sud ? Je ne le crois. Si elle s’en prive, ce sera alors pour marginaliser ce territoire et conforter de petits intérêts locaux.

 

Pour conclure :

L’atout de ce territoire, c’est sa jeunesse, sa diversité, son action de développement issue des citoyens. L’hérésie actuelle consistant en une démarche politique de blocage va se payer très cher ; qui a peur de Marseille ? Voilà bien la question ! On ne vous le dira pas, mais les « grands élus » de ce patchwork métropolitain veulent prolonger l’erreur ancienne de l’isolement de cette grande ville, se privant eux même d’un fonctionnement d’ensemble qui peu à peu détruit nos rythmes de vie ; j’y oppose que le peuplement marseillais n’est qu’à l’identique de ce qui se passe ailleurs sur ce grand territoire ; que la métropole est constituée de gens modestes dont beaucoup sont résignés au chômage de masse par manque de transports à faibles prix ; bref, que nous sommes des otages d’une situation qui, sans réaction appropriée, va mener à des situations d’appauvrissement individuelles et collectives qu’aucune politique de solidarité ne pourra gérer. Avec à terme les conséquences politiques logiques que cela génère. Refuser le désenclavement de Marseille et la naissance d’une grande métropole intégrée et équitable est le meilleur moyen pour que demain toute l’agglomération soit dans une triste situation…

 

Stéphane SALORD

Porte-parole national de Génération Ecologie

Publié dans Politique

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